L'équipe de Droit & Philosophie

Directeurs :  Denis Baranger ;  Olivier Beaud  Mélanie Plouviez

Comité scientifique : Jean-Pierre Coriat ; Quentin Epron ; Jean-François Kervégan ; Philippe de Lara ; Charles Leben ; Pierre-Yves Quiviger ; Philippe Raynaud ; Marie France Renoux-Zagamé; François Saint-Bonnet ; Philippe Théry ; Mikhaïl Xifaras

Comité de rédaction : Gregory Bligh ; Mathieu Carpentier ; Jérôme Couillerot ; Élodie Djordjevic ; Mélanie Plouviez ; Tristan Pouthier ; Pierre-Marie Raynal ; Céline Roynier ; Raphaëlle Théry ; Sabina Tortorella ; Mathilde Unger

 

Secrétaire de rédaction : Élodie Djordjevic

 

Assitant de rédaction : Martin Hullebroeck

 

 

Présentation de la revue

À l’occasion de la parution de son sixième volume, en 2014, l’Annuaire de l’Institut Michel Villey est devenu Droit & Philosophie. À travers ce titre nouveau, il s’agissait de rendre plus explicite encore la ligne éditoriale qui est celle de la revue depuis sa naissance en 2009. Ainsi Droit & Philosophie se veut-elle revue des intersections : entre droit et philosophie, mais aussi, selon l’ancrage propre de l’Institut Michel Villey, entre la culture juridique et la pensée théorique sur le droit, toutes deux appréhendées dans leur contexte historique de longue durée.

La relation entre droit et philosophie a depuis longtemps été pensée en termes de conflit, et en particulier d’un « conflit des facultés » dans lequel l’une et l’autre disciplines s’affrontaient dans leurs prétentions respectives à l’hégémonie sur le domaine de la pensée pratique. On y voyait s’opposer l’ambition de la philosophie moderne à être jurisprudence universelle et l’aspiration du droit classique à être vera philosophia. Si ce conflit est aujourd’hui en grande partie neutralisé, la paix qui s’est installée n’a été obtenue qu’au prix d’une répartition des rôles aux conséquences stérilisantes : au droit, les normes positives ; à la philosophie, malgré son tournant pratique et « normatif » des dernières décennies, une vision parfois lointaine des constructions sociales concrètes et de ces productions positives qui sont le pain quotidien des juristes universitaires et praticiens. Se fait aujourd’hui sentir un désir de dialogue. Et même si ce dialogue commencera peut-être par prendre la forme d’une confrontation, il est permis de penser qu’une authentique confrontation peut être parfois préférable au silence qui suit les batailles.

Notre revue se veut l’un des lieux privilégiés de ce dialogue. Elle se donne pour objectif de publier des contributions de haut niveau dans le domaine de la philosophie du droit comprise en un sens large. De ce point de vue, le titre de notre revue, loin de délimiter un territoire fermé, traduit au contraire le souci de s’ouvrir à la variété des intersections possibles entre droit et philosophie. Sans prétendre à l’exhaustivité, on voit ainsi se dessiner trois grandes perspectives.

Le droit constitue un objet important de la réflexion philosophique. La revue Droit & Philosophie entend tout d’abord aider à mieux faire connaître les différents aspects de ce domaine de recherches en plein essor avec les développements contemporains de la théorie du droit. À cet égard, l’état des connaissances en théorie du droit n’est pas encore, en France, ce qu’il devrait être. Un certain nombre de thèmes majeurs de la discussion internationale y sont presque ignorés. Prenons les exemples du problème de l’indétermination en droit, de la théorie des raisons, des néo-jusnaturalismes, ou encore des relations entre théorie du droit et philosophie moderne de l’action. Il en est de même des auteurs qui ont porté ces idées à l’étranger et qui sont singulièrement absents des débats français. Droit & Philosophie se propose d’affronter ces grands problèmes de philosophie et de théorie générale du droit, ainsi que les questions philosophiques spécifiques soulevées par les différentes branches du droit, dans une perspective tant historique que contemporaine.

À côté de la théorie du droit, il apparaît en second lieu nécessaire de consacrer une attention renouvelée à la philosophie produite par le droit. Tel sera notre second champ d’investigation. Là où la tendance dominante en philosophie juridique, tant au niveau national qu’international, consiste à se concentrer sur la théorie du droit, et en particulier sur l’analyse normativiste, la revue Droit & Philosophie entend maintenir un lien vivant entre la culture des juristes, comprise au sens large, et la pensée théorique sur le droit. En deçà de tout effort de « purification » du phénomène juridique, en deçà de tout rétrécissement de la philosophie du droit à l’état de simple « théorie », il s’agit là d’être attentif aux présupposés philosophiques de la pratique et de la pensée des juristes, en un mot de ce qu’on peut appeler la culture juridique. C’est un fait difficilement contestable que les juristes théorisent en permanence leurs pratiques à travers des catégories de pensée opératoires. Il n’est guère moins manifeste que cette théorisation repose sur des postulats et s’articule autour de concepts qui sont lestés philosophiquement. La revue Droit & Philosophie se propose d’expliciter et de soumettre à la critique les motifs et les formes de cette structuration philosophique souterraine de la culture juridique.

Enfin, au carrefour de cette philosophie sur le droit et de cette philosophie produite par le droit, se dessine une nouvelle manière de concevoir l’histoire de la pensée juridique : non plus une histoire des « influences », mais ce qu’on pourrait appeler une histoire des transferts conceptuels croisés entre philosophie et droit. Le savoir des juristes partage avec la philosophie moderne, spécialement dans sa composante pratique, nombre de concepts, de thèmes et de problèmes communs, ou du moins similaires. Ainsi, pour n’en donner qu’un exemple, l’idée d’un sujet autonome, créant à sa propre intention les règles et les catégories gouvernant son action, est commune à la philosophie et au droit modernes. Cela ne signifie pas que le même contenu lui soit pour autant assigné, ni que les grilles de lecture se rejoignent. Mais les concepts sont souvent les mêmes. Les catégories sont souvent empruntées, même si c’est pour être retravaillées, voire dénaturées. Dans le prolongement des précédents volumes consacrés aux notions d’équité (vol. 2, 2010), d’autonomie de la volonté (vol.  4, 2012) et de liberté (vol. 4, 2012), la revue Droit & Philosophie se proposera à l’avenir de continuer à étudier, historiquement et théoriquement, ces migrations conceptuelles qui tissent les histoires parallèles de la philosophie et de la culture juridique. Ce qui ne va pas sans appeler un effort d’imagination théorique et méthodologique pour sortir du vocabulaire de « l’influence » ou de la réplication pure et simple. Dans cette histoire parallèle du droit et de la philosophie (où les parallèles, contre toute logique, se rejoignent et s’entrecroisent), les isomorphismes semblent en effet plus fréquents que les pures copies, les décalages plus courants que les synchronismes. Aussi le vocabulaire de cette nouvelle méthode historique reste-t-il en grande partie à inventer.